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sur la dépression
 
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II. Comment nous abordons la dépression

LAISSER PARLER LE PATIENT, L’ECOUTE, LE TEMPS PASSE, EXPLIQUER

  Il y a le cas où le patient arrive pour une autre raison et on se rend compte qu'il y a des problèmes psychologiques sous-jacents et c'est sous tendu par une note dépressive et auquel cas il faut qu'on aborde le sujet. Ensuite dans l'un ou l'autre cas il faut aller un petit peu dans le fond des choses, voir comment un petit peu classifier la dépression, qu'elle rentre dans le cadre d'une dépression névrotique réactionnelle ou d'une dépression traînante ou d'une dépression atypique par rapport à une maladie psychotique associée et puis essayer de déterminer la stratégie thérapeutique.

  Tout d'abord il faut les faire parler, a            voir un entretien, ce sont des gens qui n'arrivent plus à assumer leur vie quotidienne, il faut les faire parler.

Je l'aborde assez facilement, je pense qu'il faut y passer beaucoup de temps, ça c’est l'écoute des gens, donc soit il y a une démarche spontanée de la part des gens qui viennent parler de leurs symptômes très évocateurs d'une dépression, par exemple des gens qui viennent en me disant : « je suis dépressif », en me disant littéralement le diagnostic. De ce diagnostic je les interroge, je discute avec eux, je les revois quelques semaines plus tard, j'aime bien les revoir en général, dix à douze jours plus tard. Je ne leur donne pas nécessairement de traitement d'emblée sauf des traitements très légers, je ne les mets pas d'emblée sous antidépresseurs, ça c'est la première des choses et j'essaie d'évaluer le risque éventuel suicidaire, il y a toujours un risque à courir chez les gens et la gravité potentielle de leurs causes, essayer de voir si c'est plutôt une dépression endogène ou une dépression réactionnelle,  en général je passe un quart d'heure, vingt minutes avec eux, donc ça c'est quand ils arrivent, je dirais avec le diagnostic tout fait.

Je crois qu'il faut mettre les gens à l'aise le plus possible, ça c'est très important pour les amener petit à petit à s'ouvrir et à se débarrasser un peu d'un fardeau qui leur pèse. Pour moi la dépression c'est quand même une expression d'une blessure importante qui est gardée en soi et qui a du mal à sortir. Donc il faut quand même aider ces gens à évoquer, à employer des mots. Bien souvent les gens masquent les choses, ils vous envoient des symptômes paravents, c'est à dire qu'ils n'osent pas employer le terme. Ils vont dire : "j'ai une petite déprime", et quand on fouille un petit peu, on s'aperçoit qu'effectivement il s'agit bien d'un état dépressif. Donc pour moi c'est important d'y passer du temps, je ne travaille pas avec la pendule, s’il faut y passer 3/4 heure, 1 heure, on y passe 3/4 heure, 1 heure. Mais d'abord c’est connaître un peu la genèse de l'histoire, tout ce qui s'est passé, parce que l'état dépressif , je vois l'individu dans un état présent mais qui est quand même le résultat de tout un passé, donc il faut connaître ce passé, pouvoir l'évoquer, pouvoir mettre des mots dessus, mettre le doigt sur certaines choses et ça ce n'est pas facile du tout, il y a parfois un refus.

J'essaie de les faire parler dans un premier temps, essayer avec eux de lever le lièvre un peu si on peut trouver assez facilement une explication, dans un premier temps c'est un entretien dans le premier temps de la consultation, donc c'est comme ça que je l'aborde au début. Ensuite après l'entretien arrivera éventuellement, l'aide médicamenteuse.

J'interroge les personnes pour voir ce qui ne va pas dans leur environnement, dans leur personnalité, ensuite je pose un diagnostic et je fais certains tests.

Je les laisse aborder leurs problèmes,  globalement je commence d'abord par essayer de les faire parler le plus possible, en gros c'est très simple parce que 85% des personnes dépressives qui arrivent dans nos cabinets sont des femmes, donc elles parlent plus facilement et je dirais que si on ne les heurte pas, si on ne les blesse pas et si on sait se taire, globalement en une heure on arrive à peu près à faire le tour du problème. Donc moi ce qui m'intéresse dans le premier contact, c'est que la personne puisse s’exprimer complètement et que je ressente profondément ce qui lui arrive et comment elle le vit, en général au bout d’une demi-heure je commence à poser des questions  pour confirmer des impressions, je leur explique bien, attention ce ne sont que des hypothèses, je n'affirme rien mais est-ce que ceci, est-ce que cela… Ensuite ça rebondit, en fait c'est une conversation entre deux personnes sur un mode de conversation, le plus détendue possible, et globalement au bout d'une heure on arrive à peu près à avoir fait le tour de la question. C'est fondamental tout va se jouer dans la première demi-heure.

Moi je sais que j'insiste très souvent sur l'explication de ce qui mène à la dépression en essayant de bien distinguer avec le patient deux phases, c'est à dire le fond du problème, c'est à dire ce qui fait que peu à peu ils sont rentrés dans…,  avec tout ce qu'il peut y avoir de soins ultérieurs, c'est la dépression et ses conséquences, ça c'est une chose et puis l'abord secondaire des causes véritables, c'est à dire ce qui a sans être véritablement une cause, mais de ce qui a mené à la dépression. Je crois que là encore c'est un problème d'explication, là encore de conversation et les gens si on leur explique, ils ne sont pas complètement obtus, ils comprennent. Si on leur explique ce qu'est une dépression, que ce n'est pas quelque chose qui n'est pas une folie et qui non plus qui rend fou, ils sont tout à fait d'accord pour le comprendre et je crois que c'est un problème d'explication.

SOMATISATION

  Il y a le cas où le patient arrive pour une autre raison et on se rend compte qu'il y a des problèmes psychologiques sous-jacents et c'est sous tendu par une note dépressive et auquel cas il faut qu'on aborde le sujet

Il y a des patients qui viennent me voir en m'expliquant leurs problèmes et je pose ou pas le diagnostic de dépression là-dessus, ce sont des patients que je vois une fois, deux fois, trois fois, X fois pour des problèmes effectivement de somatisation et dans ces cas-là au bout d'un moment on essaie d'aborder ce qui peut être lié avec leurs problèmes.

Il y a ceux qui viennent et qui l'abordent, c'est à dire qu'eux ils me racontent une histoire qui eux leur paraît anxieuse et qui moi à l'évidence me paraît dépressive.

En général je vois se multiplier des symptômes somatiques chez un patient, le plus souvent une patiente, mais souvent aussi chez un patient, et à ce moment là c'est moi qui suis obligé de trouver le moyen de glisser tout doucement, discrètement ce mot dans la conversation pour qu'il fasse son chemin le plus souvent et que je puisse m'attaquer au traitement.

La plupart du temps c'est quand même eux qui viennent pour d'autres symptômes ou bien pour des troubles du sommeil, une fatigue inexpliquée ou un amaigrissement, et en fouillant, effectivement on s'aperçoit que le patient a un état dépressif qui parfois dure depuis quelque temps pour lequel ils n'ont pas consulté. C'est encore un sujet qui est difficile à aborder pour le patient en consultation. Les rares cas où le patient vient consulter pour ça, ça se passe mieux parce que le patient est déjà au courant des traitements, ça se soigne. Quand le patient vient consulter pour autre chose ou qu'en fin de consultation il parle d'autres symptômes, la démarche est plus difficile parce qu'il faut faire le diagnostic pour convaincre le patient du diagnostic et ensuite le convaincre de se traiter, parfois ça prend du temps, il faut le revoir plusieurs fois avant de démarrer un traitement.

Des gens viennent me voir pour d'autres symptômes, des symptômes qui sont douleurs, des symptômes vagues et c'est tout simplement en grattant un petit peu sous la croûte, on s'aperçoit qu'en fait ça correspond à un mal de vivre et ce sont des gens plus difficiles à aborder parce que déjà ils sont beaucoup plus réticents au traitement et ils n'ont pas tellement envie d'être en dépression, la première des difficultés pour moi ça va être de leur faire comprendre que leurs problèmes c'est un problème de dépression et essayer de les encourager vers un traitement et éventuellement médicamenteux. Là c'est pareil j'essaye de les revoir quelques semaines plus tard et petit à petit de les amener à prendre conscience de leur maladie. La plupart du temps les dépressifs je les soigne moi-même, quelquefois ça m'arrive de les envoyer voir un psychiatre, essayer de faire une psychothérapie, mais la plupart du temps j'essaye moi-même de le faire, j'essaye de les encourager quand ils veulent faire une psychothérapie.

Soit effectivement c'est quelqu'un qui vient me voir en me disant : «  je suis fatigué» etc., qui n'exprime pas vraiment un état dépressif, on l'interroge un peu plus , on essaie de voir ce qu'il y a derrière.

La personne arrive en me disant ; "je me sens fatigué…", parce que finalement c'est une information grand public, parfois les patients arrivent avec leur diagnostic plus ou moins bien fait, mais du moins ils disent : "je n'ai pas le moral ou je ne peux plus rien faire", en plus d'emblée ils amplifient d'emblée un problème d'origine psychologique, ils nous en font part.

Ils viennent consulter, ils disent : "j'ai mal au ventre, j'ai mal à la tête, j'ai mal au foie, etc.", à force d'enquête et d'interrogatoire et d'examen, on se rend compte qu'il n'y a rien d'organique là dessous et qu'en fait ils viennent consulter pour un état dépressif.

La première chose que j'essaie de faire c'est de voir si la personne est dépressive ou pas, ce qui n'est pas très facile. J'essaye par son discours de voir s'il y a des symptômes spontanément qui apparaissent et qui rentrent dans le cadre de la dépression. Une fois que le diagnostic est posé, après c'est la phase du traitement et là ça dépend beaucoup du degré de la dépression. Soit on a une personne qui a des idées suicidaires constantes avec plan, là en général c'est quand même l'urgence thérapeutique pour moi, donc là je vais la mettre sous traitement et éventuellement il peut y avoir une d'hospitalisation, ça c'est le cadre le plus important.

  LES PATIENTS : CEUX QUI EN PARLENT

Il y a le cas où le patient arrive avec une demande, une plainte de la maladie dépressive.

Parfois le patient vient consulter, le patient, la patiente viennent consulter directement pour un état dépressif, ce qui est assez rare en général, il n'y a pas beaucoup de patients qui viennent de but en blanc et qui disent : "Docteur, je suis déprimé, aidez-moi", ce n'est pas la majorité des cas.

LE TYPE DE DEPRESSION

  Ceux qui viennent en cabinet de médecine générale, on a rarement des cas de dépressions qu'on ne peut pas traiter, c'est à dire des dépressions de type névrotique, on a plutôt des dépressions réactionnelles, soit un problème réactionnel de la personne, soit réactionnel à la perte d'un travail, soit la perte de quelqu'un suite à un décès. Ce sont souvent des dépressions réactionnelles qu'on trouve.

Il faut aller un petit peu dans le fond des choses, voir comment un petit peu classifier la dépression, qu'elle rentre dans le cadre d'une dépression névrotique réactionnelle ou d'une dépression traînante ou d'une dépression atypique par rapport à une maladie psychotique associée et puis essayer de déterminer la stratégie thérapeutique.

Il y a effectivement de temps en temps des dépressions de type névrotique dans un cadre psychiatrique  mais c'est quand même plus rarement.

Le diagnostic se fait progressivement ce n'est pas comme ça du jour au lendemain que l’on dit :  "monsieur vous êtes dépressif", le cheminement et le diagnostic ils sont progressifs, ce n'est pas forcément à la première consultation qu'on fait le diagnostic, je ne vais pas décrire la dépression avec les signes d'appels, les signes cliniques, donc c'est sûr, je ne sais pas comment vous expliquer ça. La dépression il n'y a pas de patient dépressif type.

C’est en fonction de critères, je n'applique pas les échelles de classification, je ne les applique pas mais c'est faux de dire que je ne les applique pas, en fait je les connais intuitivement.

Il faut avoir une démarche diagnostic très, très précise, si c'est une véritable dépression on doit traiter, si c'est un syndrome anxio-dépressif là, je dirais qu'il n'y a pas de cadre, c'est en fonction de son expérience de médecin qu'on voit comment on fait.

Tout d’abord il y a déjà le dépistage, dépister les dépressions notamment masquées, les dépressions souriantes, les dépressions non déclarées. Il y a un aspect de prévention en particulier chez les adolescents et les personnes âgées pour éviter qu'elles surviennent

Les cas les plus fréquents ceux qui ont des idées suicidaires, mais qui sont plutôt des pensées de mort où il n'y a pas véritablement de plan, il y a une notion d'anxiété assez forte et à ce moment là j'essaie d'abord de parler avec le patient, j'essaie de voir les causes possibles de cette dépression, si on trouve une cause bien précise et qu'on est bien sur une dépression réactionnelle, je n'aurai peut-être pas la même attitude que si on est sur quelqu'un qui fait une rechute, une dépression plutôt endogène, une dépression endogène presque systématiquement je vais lui donner un traitement. Si c'est une dépression réactionnelle, on essaye sur le plan relation médecin-malade, on essaye de jouer comme ça, on essaye de voir ce que ça donne, donc je ne le traite pas forcément immédiatement. Il se trouve que je fais de l'acupuncture, dans le cas où j'estime que ce n'est pas une dépression très importante où la personne par exemple ne veut pas prendre de médicament, à ce moment là je vais m'orienter sur ce type de technique ce qui ne m'empêchera pas éventuellement d'arrêter l'acupuncture si ça ne marche pas ou d'associer autre chose, donc ça c'est le départ. En général j'établis le traitement, je revois les gens systématiquement, cela dépend, si c'est vraiment très important huit jours après, sinon quinze jours, trois semaines après au moment où l'antidépresseur commence à agir et puis on fait le point à ce moment là et puis une fois qu'on a passé ce cap là, je les oriente vers une psychothérapie.

DEPRESSION, TRAITEMENTS : « TABOU » POUR LE PATIENT

  Il y a aussi des tabous vis à vis des traitements, il y a encore pas mal de patients, peut-être de moins en moins quand même, il y a pas mal de patients, je trouve, qui ont des tabous par rapport aux traitements, des réticences à se traiter.

Beaucoup de gens font l'amalgame entre les différents médicaments, les différents psychotropes, les hypnotiques, les anxiolytiques et les antidépresseurs.

Souvent je passe beaucoup de temps à expliquer aux patients la différence entre ce genre de médicaments et l'absence d'effets secondaires importants des antidépresseurs.

Une fois que la dépression est là qu'elle est dépistée, il y à amener le patient à en prendre conscience, ce qui n'est pas toujours quelque chose d'évident et une fois qu'il en a pris conscience c'est l'amener à accepter un traitement et à bien l'observer.

C'est encore un sujet qui est difficile à aborder pour le patient en consultation.

Il faut convaincre le patient du diagnostic et ensuite le convaincre de se traiter, parfois ça prend du temps, il faut le revoir plusieurs fois avant de démarrer un traitement.

Je crois que le problème de ces gens-là c'est qu'ils n'ont pas conscience de leur maladie, ils ne veulent pas l'admettre et une fois qu'on leur a fait prendre conscience, ils acceptent le traitement et en général j'arrive à les traiter.

RECOURS OU NON AUX SPECIALISTES

  Quand je vois qu'ils veulent, moi je n'ai pas toutes les cartes en mains, quand je pense qu'il faut un traitement, qu'il faut qu'ils voient un psychologue pour aborder certaines autres questions différentes de moi, de la façon dont moi je pourrais les aborder, j'essaie de les adresser à un psychologue. Si vraiment je vois que c'est un problème de dépression plus ardue, j'essaie de les adresser à un psychiatre, je dis bien j'essaie, je leur propose, après il faut que les gens aillent d'eux-mêmes ce qui n'est pas toujours évident,

J’ai recours au psychiatre quand les choses me paraissent équivoques et lourdes et quand je pressens une menace de passage à l’acte c’est ce à quoi il faut penser, donc quand je sens ça j’adresse au psychiatre d’emblée d’après l’entretien.

La plupart du temps les dépressifs je les soigne moi-même, quelquefois ça m'arrive de les envoyer voir un psychiatre, essayer de faire une psychothérapie, mais la plupart du temps j'essaye moi-même de le faire, j'essaye de les encourager quand ils veulent faire une psychothérapie.

Il faut avoir aisément recours au psychiatre lorsque c'est possible à une consultation d'évaluation psychiatrique, histoire de déterminer d'éventuels troubles de la personnalité sous-jacents susceptibles de favoriser un passage à la dépression chronique qui est un autre problème..

Je ne délègue pas, je prends en charge.

Il y a aussi des patients chez qui la dépression étant profonde ou ancienne ou complexe, je requiers parfois l'aide d'un psychiatre ou une psychothérapie de soutien, là aussi toujours avec des difficultés, c'est rare que le patient accepte d'emblée ou accepte la psychothérapie, donc parfois faut convaincre, passer du temps et aussi je note que parfois les psychiatres ne sont pas toujours disponibles, ce n'est pas évident d'avoir des rendez-vous assez rapidement avec un psychiatre, c'est souvent des obstacles au traitement. Mais il y a des patients qui sont très motivés qui arrivent à franchir cet obstacle et parallèlement à suivre une psychothérapie, mais enfin ce n'est pas chez tous les patients dépressifs, c'est plutôt des dépressions complexes ou anciennes ou récidivantes, des patients qui récidivent.  

ABORD DE LA DEPRESSION

LAISSER PARLER LE PATIENT, L’ECOUTE, LE TEMPS PASSE, EXPLIQUER

Il y a le cas où le patient arrive pour une autre raison et on se rend compte qu'il y a des problèmes psychologiques sous-jacents et c'est sous tendu par une note dépressive et auquel cas il faut qu'on aborde le sujet. Ensuite dans l'un ou l'autre cas il faut aller un petit peu dans le fond des choses, voir comment un petit peu classifier la dépression, qu'elle rentre dans le cadre d'une dépression névrotique réactionnelle ou d'une dépression traînante ou d'une dépression atypique par rapport à une maladie psychotique associée et puis essayer de déterminer la stratégie thérapeutique.

 

Tout d'abord il faut les faire parler, a            voir un entretien, ce sont des gens qui n'arrivent plus à assumer leur vie quotidienne, il faut les faire parler.

Je l'aborde assez facilement, je pense qu'il faut y passer beaucoup de temps, ça c’est l'écoute des gens, donc soit il y a une démarche spontanée de la part des gens qui viennent parler de leurs symptômes très évocateurs d'une dépression, par exemple des gens qui viennent en me disant : « je suis dépressif », en me disant littéralement le diagnostic. De ce diagnostic je les interroge, je discute avec eux, je les revois quelques semaines plus tard, j'aime bien les revoir en général, dix à douze jours plus tard. Je ne leur donne pas nécessairement de traitement d'emblée sauf des traitements très légers, je ne les mets pas d'emblée sous antidépresseurs, ça c'est la première des choses et j'essaie d'évaluer le risque éventuel suicidaire, il y a toujours un risque à courir chez les gens et la gravité potentielle de leurs causes, essayer de voir si c'est plutôt une dépression endogène ou une dépression réactionnelle,  en général je passe un quart d'heure, vingt minutes avec eux, donc ça c'est quand ils arrivent, je dirais avec le diagnostic tout fait.

Je crois qu'il faut mettre les gens à l'aise le plus possible, ça c'est très important pour les amener petit à petit à s'ouvrir et à se débarrasser un peu d'un fardeau qui leur pèse. Pour moi la dépression c'est quand même une expression d'une blessure importante qui est gardée en soi et qui a du mal à sortir. Donc il faut quand même aider ces gens à évoquer, à employer des mots. Bien souvent les gens masquent les choses, ils vous envoient des symptômes paravents, c'est à dire qu'ils n'osent pas employer le terme. Ils vont dire : "j'ai une petite déprime", et quand on fouille un petit peu, on s'aperçoit qu'effectivement il s'agit bien d'un état dépressif. Donc pour moi c'est important d'y passer du temps, je ne travaille pas avec la pendule, s’il faut y passer 3/4 heure, 1 heure, on y passe 3/4 heure, 1 heure. Mais d'abord c’est connaître un peu la genèse de l'histoire, tout ce qui s'est passé, parce que l'état dépressif , je vois l'individu dans un état présent mais qui est quand même le résultat de tout un passé, donc il faut connaître ce passé, pouvoir l'évoquer, pouvoir mettre des mots dessus, mettre le doigt sur certaines choses et ça ce n'est pas facile du tout, il y a parfois un refus.

J'essaie de les faire parler dans un premier temps, essayer avec eux de lever le lièvre un peu si on peut trouver assez facilement une explication, dans un premier temps c'est un entretien dans le premier temps de la consultation, donc c'est comme ça que je l'aborde au début. Ensuite après l'entretien arrivera éventuellement, l'aide médicamenteuse.

J'interroge les personnes pour voir ce qui ne va pas dans leur environnement, dans leur personnalité, ensuite je pose un diagnostic et je fais certains tests.

Je les laisse aborder leurs problèmes,  globalement je commence d'abord par essayer de les faire parler le plus possible, en gros c'est très simple parce que 85% des personnes dépressives qui arrivent dans nos cabinets sont des femmes, donc elles parlent plus facilement et je dirais que si on ne les heurte pas, si on ne les blesse pas et si on sait se taire, globalement en une heure on arrive à peu près à faire le tour du problème. Donc moi ce qui m'intéresse dans le premier contact, c'est que la personne puisse s’exprimer complètement et que je ressente profondément ce qui lui arrive et comment elle le vit, en général au bout d’une demi-heure je commence à poser des questions  pour confirmer des impressions, je leur explique bien, attention ce ne sont que des hypothèses, je n'affirme rien mais est-ce que ceci, est-ce que cela… Ensuite ça rebondit, en fait c'est une conversation entre deux personnes sur un mode de conversation, le plus détendue possible, et globalement au bout d'une heure on arrive à peu près à avoir fait le tour de la question. C'est fondamental tout va se jouer dans la première demi-heure.

Moi je sais que j'insiste très souvent sur l'explication de ce qui mène à la dépression en essayant de bien distinguer avec le patient deux phases, c'est à dire le fond du problème, c'est à dire ce qui fait que peu à peu ils sont rentrés dans…,  avec tout ce qu'il peut y avoir de soins ultérieurs, c'est la dépression et ses conséquences, ça c'est une chose et puis l'abord secondaire des causes véritables, c'est à dire ce qui a sans être véritablement une cause, mais de ce qui a mené à la dépression. Je crois que là encore c'est un problème d'explication, là encore de conversation et les gens si on leur explique, ils ne sont pas complètement obtus, ils comprennent. Si on leur explique ce qu'est une dépression, que ce n'est pas quelque chose qui n'est pas une folie et qui non plus qui rend fou, ils sont tout à fait d'accord pour le comprendre et je crois que c'est un problème d'explication.  

SOMATISATION

Il y a le cas où le patient arrive pour une autre raison et on se rend compte qu'il y a des problèmes psychologiques sous-jacents et c'est sous tendu par une note dépressive et auquel cas il faut qu'on aborde le sujet

Il y a des patients qui viennent me voir en m'expliquant leurs problèmes et je pose ou pas le diagnostic de dépression là-dessus, ce sont des patients que je vois une fois, deux fois, trois fois, X fois pour des problèmes effectivement de somatisation et dans ces cas-là au bout d'un moment on essaie d'aborder ce qui peut être lié avec leurs problèmes.

Il y a ceux qui viennent et qui l'abordent, c'est à dire qu'eux ils me racontent une histoire qui eux leur paraît anxieuse et qui moi à l'évidence me paraît dépressive.

En général je vois se multiplier des symptômes somatiques chez un patient, le plus souvent une patiente, mais souvent aussi chez un patient, et à ce moment là c'est moi qui suis obligé de trouver le moyen de glisser tout doucement, discrètement ce mot dans la conversation pour qu'il fasse son chemin le plus souvent et que je puisse m'attaquer au traitement.

La plupart du temps c'est quand même eux qui viennent pour d'autres symptômes ou bien pour des troubles du sommeil, une fatigue inexpliquée ou un amaigrissement, et en fouillant, effectivement on s'aperçoit que le patient a un état dépressif qui parfois dure depuis quelque temps pour lequel ils n'ont pas consulté. C'est encore un sujet qui est difficile à aborder pour le patient en consultation. Les rares cas où le patient vient consulter pour ça, ça se passe mieux parce que le patient est déjà au courant des traitements, ça se soigne. Quand le patient vient consulter pour autre chose ou qu'en fin de consultation il parle d'autres symptômes, la démarche est plus difficile parce qu'il faut faire le diagnostic pour convaincre le patient du diagnostic et ensuite le convaincre de se traiter, parfois ça prend du temps, il faut le revoir plusieurs fois avant de démarrer un traitement.

Des gens viennent me voir pour d'autres symptômes, des symptômes qui sont douleurs, des symptômes vagues et c'est tout simplement en grattant un petit peu sous la croûte, on s'aperçoit qu'en fait ça correspond à un mal de vivre et ce sont des gens plus difficiles à aborder parce que déjà ils sont beaucoup plus réticents au traitement et ils n'ont pas tellement envie d'être en dépression, la première des difficultés pour moi ça va être de leur faire comprendre que leurs problèmes c'est un problème de dépression et essayer de les encourager vers un traitement et éventuellement médicamenteux. Là c'est pareil j'essaye de les revoir quelques semaines plus tard et petit à petit de les amener à prendre conscience de leur maladie. La plupart du temps les dépressifs je les soigne moi-même, quelquefois ça m'arrive de les envoyer voir un psychiatre, essayer de faire une psychothérapie, mais la plupart du temps j'essaye moi-même de le faire, j'essaye de les encourager quand ils veulent faire une psychothérapie.

Soit effectivement c'est quelqu'un qui vient me voir en me disant : «  je suis fatigué» etc., qui n'exprime pas vraiment un état dépressif, on l'interroge un peu plus , on essaie de voir ce qu'il y a derrière.

La personne arrive en me disant ; "je me sens fatigué…", parce que finalement c'est une information grand public, parfois les patients arrivent avec leur diagnostic plus ou moins bien fait, mais du moins ils disent : "je n'ai pas le moral ou je ne peux plus rien faire", en plus d'emblée ils amplifient d'emblée un problème d'origine psychologique, ils nous en font part.

Ils viennent consulter, ils disent : "j'ai mal au ventre, j'ai mal à la tête, j'ai mal au foie, etc.", à force d'enquête et d'interrogatoire et d'examen, on se rend compte qu'il n'y a rien d'organique là dessous et qu'en fait ils viennent consulter pour un état dépressif.

La première chose que j'essaie de faire c'est de voir si la personne est dépressive ou pas, ce qui n'est pas très facile. J'essaye par son discours de voir s'il y a des symptômes spontanément qui apparaissent et qui rentrent dans le cadre de la dépression. Une fois que le diagnostic est posé, après c'est la phase du traitement et là ça dépend beaucoup du degré de la dépression. Soit on a une personne qui a des idées suicidaires constantes avec plan, là en général c'est quand même l'urgence thérapeutique pour moi, donc là je vais la mettre sous traitement et éventuellement il peut y avoir une d'hospitalisation, ça c'est le cadre le plus important.

  LES PATIENTS : CEUX QUI EN PARLENT

Il y a le cas où le patient arrive avec une demande, une plainte de la maladie dépressive.

Parfois le patient vient consulter, le patient, la patiente viennent consulter directement pour un état dépressif, ce qui est assez rare en général, il n'y a pas beaucoup de patients qui viennent de but en blanc et qui disent : "Docteur, je suis déprimé, aidez-moi", ce n'est pas la majorité des cas.

LE TYPE DE DEPRESSION

Ceux qui viennent en cabinet de médecine générale, on a rarement des cas de dépressions qu'on ne peut pas traiter, c'est à dire des dépressions de type névrotique, on a plutôt des dépressions réactionnelles, soit un problème réactionnel de la personne, soit réactionnel à la perte d'un travail, soit la perte de quelqu'un suite à un décès. Ce sont souvent des dépressions réactionnelles qu'on trouve.

Il faut aller un petit peu dans le fond des choses, voir comment un petit peu classifier la dépression, qu'elle rentre dans le cadre d'une dépression névrotique réactionnelle ou d'une dépression traînante ou d'une dépression atypique par rapport à une maladie psychotique associée et puis essayer de déterminer la stratégie thérapeutique.

Il y a effectivement de temps en temps des dépressions de type névrotique dans un cadre psychiatrique  mais c'est quand même plus rarement.

Le diagnostic se fait progressivement ce n'est pas comme ça du jour au lendemain que l’on dit :  "monsieur vous êtes dépressif", le cheminement et le diagnostic ils sont progressifs, ce n'est pas forcément à la première consultation qu'on fait le diagnostic, je ne vais pas décrire la dépression avec les signes d'appels, les signes cliniques, donc c'est sûr, je ne sais pas comment vous expliquer ça. La dépression il n'y a pas de patient dépressif type.

C’est en fonction de critères, je n'applique pas les échelles de classification, je ne les applique pas mais c'est faux de dire que je ne les applique pas, en fait je les connais intuitivement.

Il faut avoir une démarche diagnostic très, très précise, si c'est une véritable dépression on doit traiter, si c'est un syndrome anxio-dépressif là, je dirais qu'il n'y a pas de cadre, c'est en fonction de son expérience de médecin qu'on voit comment on fait.

Tout d’abord il y a déjà le dépistage, dépister les dépressions notamment masquées, les dépressions souriantes, les dépressions non déclarées. Il y a un aspect de prévention en particulier chez les adolescents et les personnes âgées pour éviter qu'elles surviennent

Les cas les plus fréquents ceux qui ont des idées suicidaires, mais qui sont plutôt des pensées de mort où il n'y a pas véritablement de plan, il y a une notion d'anxiété assez forte et à ce moment là j'essaie d'abord de parler avec le patient, j'essaie de voir les causes possibles de cette dépression, si on trouve une cause bien précise et qu'on est bien sur une dépression réactionnelle, je n'aurai peut-être pas la même attitude que si on est sur quelqu'un qui fait une rechute, une dépression plutôt endogène, une dépression endogène presque systématiquement je vais lui donner un traitement. Si c'est une dépression réactionnelle, on essaye sur le plan relation médecin-malade, on essaye de jouer comme ça, on essaye de voir ce que ça donne, donc je ne le traite pas forcément immédiatement. Il se trouve que je fais de l'acupuncture, dans le cas où j'estime que ce n'est pas une dépression très importante où la personne par exemple ne veut pas prendre de médicament, à ce moment là je vais m'orienter sur ce type de technique ce qui ne m'empêchera pas éventuellement d'arrêter l'acupuncture si ça ne marche pas ou d'associer autre chose, donc ça c'est le départ. En général j'établis le traitement, je revois les gens systématiquement, cela dépend, si c'est vraiment très important huit jours après, sinon quinze jours, trois semaines après au moment où l'antidépresseur commence à agir et puis on fait le point à ce moment là et puis une fois qu'on a passé ce cap là, je les oriente vers une psychothérapie.

DEPRESSION, TRAITEMENTS : « TABOU » POUR LE PATIENT

Il y a aussi des tabous vis à vis des traitements, il y a encore pas mal de patients, peut-être de moins en moins quand même, il y a pas mal de patients, je trouve, qui ont des tabous par rapport aux traitements, des réticences à se traiter.

Beaucoup de gens font l'amalgame entre les différents médicaments, les différents psychotropes, les hypnotiques, les anxiolytiques et les antidépresseurs.

Souvent je passe beaucoup de temps à expliquer aux patients la différence entre ce genre de médicaments et l'absence d'effets secondaires importants des antidépresseurs.

Une fois que la dépression est là qu'elle est dépistée, il y à amener le patient à en prendre conscience, ce qui n'est pas toujours quelque chose d'évident et une fois qu'il en a pris conscience c'est l'amener à accepter un traitement et à bien l'observer.

C'est encore un sujet qui est difficile à aborder pour le patient en consultation.

Il faut convaincre le patient du diagnostic et ensuite le convaincre de se traiter, parfois ça prend du temps, il faut le revoir plusieurs fois avant de démarrer un traitement.

Je crois que le problème de ces gens-là c'est qu'ils n'ont pas conscience de leur maladie, ils ne veulent pas l'admettre et une fois qu'on leur a fait prendre conscience, ils acceptent le traitement et en général j'arrive à les traiter.

RECOURS OU NON AUX SPECIALISTES

Quand je vois qu'ils veulent, moi je n'ai pas toutes les cartes en mains, quand je pense qu'il faut un traitement, qu'il faut qu'ils voient un psychologue pour aborder certaines autres questions différentes de moi, de la façon dont moi je pourrais les aborder, j'essaie de les adresser à un psychologue. Si vraiment je vois que c'est un problème de dépression plus ardue, j'essaie de les adresser à un psychiatre, je dis bien j'essaie, je leur propose, après il faut que les gens aillent d'eux-mêmes ce qui n'est pas toujours évident,

J’ai recours au psychiatre quand les choses me paraissent équivoques et lourdes et quand je pressens une menace de passage à l’acte c’est ce à quoi il faut penser, donc quand je sens ça j’adresse au psychiatre d’emblée d’après l’entretien.

La plupart du temps les dépressifs je les soigne moi-même, quelquefois ça m'arrive de les envoyer voir un psychiatre, essayer de faire une psychothérapie, mais la plupart du temps j'essaye moi-même de le faire, j'essaye de les encourager quand ils veulent faire une psychothérapie.

Il faut avoir aisément recours au psychiatre lorsque c'est possible à une consultation d'évaluation psychiatrique, histoire de déterminer d'éventuels troubles de la personnalité sous-jacents susceptibles de favoriser un passage à la dépression chronique qui est un autre problème..

Je ne délègue pas, je prends en charge.

Il y a aussi des patients chez qui la dépression étant profonde ou ancienne ou complexe, je requiers parfois l'aide d'un psychiatre ou une psychothérapie de soutien, là aussi toujours avec des difficultés, c'est rare que le patient accepte d'emblée ou accepte la psychothérapie, donc parfois faut convaincre, passer du temps et aussi je note que parfois les psychiatres ne sont pas toujours disponibles, ce n'est pas évident d'avoir des rendez-vous assez rapidement avec un psychiatre, c'est souvent des obstacles au traitement. Mais il y a des patients qui sont très motivés qui arrivent à franchir cet obstacle et parallèlement à suivre une psychothérapie, mais enfin ce n'est pas chez tous les patients dépressifs, c'est plutôt des dépressions complexes ou anciennes ou récidivantes, des patients qui récidivent

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